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    Mot étrangement clôturé par deux lettres identiques, « I », deux balises dérisoires qui prétendent circonscrire en leur cœur la « fin », pour un horizon qui pourtant n’en comporte pas.

    Ce mot n’est donc pas un « terme » comme les autres.De beaux esprits feraient à juste titre remarquer que clôturer un champ si vaste, avec ces seuls poteaux, relève d’une entreprise que la géométrie réfuterait de toute façon !Tout au plus pourrait-on dresser un mur, mais ce qui existe derrière ce rempart restera un mystère.

    Comment imaginer cet infini inconcevable par essence à nos esprits, trop limités, bridés depuis le berceau par leur course contre le temps?Au bout de cette épreuve, simplement la vie, arriver à destination, c'est connaître l'inévitable échéance, pour tous.

    « Ici, tout commence et tout se finit » semble dire ce mot source de bien des vertiges et nausées.

    Et les lettres complices de ce dieu irréductible et éternel semblent poser ainsi des points sur les « I » à nos illusions, nos existences marquées du sceau d’un point final.Un univers éternel le sera toujours sans nous, dans une expansion sans limites ou une contraction, son expiration ou son inspiration.

    Ce souffle-là n’est de toute façon pas à notre échelle.Depuis 15 milliards d’années, un visible étonnant et mouvant se donne à voir, comme une insignifiante fuite de temps et d’espace surgis de nulle part.

    Si peut-être, c’est seulement le vide qui est le liant invisible de cet univers qui s’épanche, et non une hypothétique matière noire, cet état initial supposé ne souffrirait donc pas de l’absence des poussières saupoudrées à l’infini et qui le constituent.

    Après être retourné à la poussière, ce qui n’est pas rien, l’homme risque tout au plus de retourner au vide.

    C’est une sorte de vie éternelle.

     


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  • «  Thomas ...tu vas pas me croire ! »
    La voix encore empreinte d'un tout proche effroi paraissait devoir inexorablement s'éteindre.

    «  Qu'est-ce qui t'arrive donc mon Super Sigurd...t'as vu le diable ? »

    A l'autre bout du téléphone, faussement enjoué, mais franchement inquiet par la tonalité inhabituelle de son compère, Thomas tentait de mesurer au plus vite la gravité de l'événement.

    «  Je pense que j'ai dézingué un...comment dire...un...faut l'avouer  , une bruyante déglutition marqua le temps nécessaire à l'incroyable aveu, une sorte de E.T à la con ! »

    Super Sigurd avait habitué son alter ego à plus de mesures quand il s'agissait de décrire une chose, un être, ou un phénomène.

    Aussi, cette typologie « E.T à la con » , de l' espèce qu'il fuyait en temps ordinaires comme une peste surgie de la puanteur du Moyen Âge, et coupable de contaminer la raison déjà affaiblie des croyants de tout poil, cette typologie lui parut pour le moins une conversion singulière à cette altérité honnie.

    Singulière et inquiétante perte de contrôle annonciatrice au mieux d'un homicide (ou "Eticide" ? ) qui pourrait se justifier (légitime défense contre des trucs qui de toute façon n'existent pas), ou au pire, d'une contamination par la folie de tous ces illuminés qui se perdent à jamais dans leurs visions ?

    « Dézingué de chez dézingué.?..tu veux dire flingué ? »

    Insidieusement, ou inconsciemment, Thomas éludait la question de la nature de l'homicidé, s'il y en avait un .

    « C'est de sa faute , je voulais juste...c'était bien une chimère de merde ... ». Sigurd préparait sa défense mais il perdait de sa superbe ordinaire.

    Il raconta comment, au lendemain d'un repas de famille bien arrosé, pour lequel sa frangine avait stupidement convié, sans prévenir qui que ce soit , Monsieur le curé du village, « un homme bien et cultivé » ! , comment un gros cube argenté s'était posé dans le pré, à coté de sa fermette.

    « J'ai pensé que c'était juste un ballon sonde qui avait mal tourné putain !».

    Le registre n'évoluait guère, l'affaire était sérieuse.

    Car ledit registre était réservé normalement aux quolibets baptisant les croyants des choses invisibles du ciel, et les héros zélés qui tournent autour de de la terre en semant à tous vents, le fric du contribuable.

    "Et alors ? " relança Thomas qui se demandait quel rôle devait lui être dévolu dans la galère qui pointait le bout de sa proue.

    Même si le nom d'un justicier tout de noir vêtu s'imposa par pur réflexe pavlovien à son esprit en guise de réponse, Sigurd confirma que celui qui était arrivé et sorti du cube ( un cube ! ) avec sa tête d'ampoule, ne ressemblait en rien à un hidalgo au sourire ravageur.

    " j'ai senti tout de suite le coup foireux , un gus de chez Barnum en service commandé pour ruiner ma réputation !"

    L'intonation devenait ferme, du moins se voulait-elle l'expression de celui qui maîtrise la situation, malgré l'évidence.

    " il t'a dit quelque chose ?" ....Le silence des grands espaces et surtout celui du "contacté" malgré lui, indiquait la révélation d'un malaise supplémentaire.

    Y'en a des tonnes de gonzes qui demandent qu'à faire copain-copain avec un E.T., et il fallait que ça tombe sur le plus indécrottable des descendeurs de soucoupes...

    " Rien ...rien dit...mais j'ai compris mon gars !"

    Le gars c'était Thomas, probablement, mais un peu aussi, l'autre, mal identifié.

    Super Sigurd avait entendu des voix ( vu que le visiteur à soucoupe carrée ... carrée nom de dieu! ) n'avait pas de bouche apparente.

    Des bribes de mots et la litanie habituelle des conneries accompagnant ces rencontres de type pas catholique: " amitiés"..."peuples"..."l'espace dans le temps"...." millions d'années"... " sages"..."tu veux faire un p"tit tour ?".....

    "l'autre cureton avec ses airs de plus saint que la moyenne, moi je te dis qu'il a foutu une putain de drogue foireuse dans son Pinard bourguignon "

    La révélation de cette conspiration-là, aussi inattendue que plausible avec cette espèce d'engourdisseur de raison, paraissait être la clé de l'affaire d'ETicide.

    C'est que seuls "monsieur qui bénit le pain" et Sigurd, avaient bu du vin suspect.

    Le temps que l'iconoclaste patenté aille répondre à l'appel de la nature pendant ce déjeuner qui s'éternisait, l'homme de peu de foi, sur ce coup-là, le prêtre sans reproches, avait largement eu le temps, discrètement, de mélanger au rouge beaunois , une poudre diabolique.

    "C'est quand on a touché la base du Lem en mer de Tranquillité, et redécollé que j'ai compris que je déconnais à pleins tubes !"

    Thomas ne put s'empêcher d'investiguer quand même un peu...en dépit de la confiance sans réserve portée à Sigurd.

    "...touché la base du...?"

    "Arrête tes conneries Thomas, j't vois v'nir avec ta question à la noix ...en attendant je suis dans la merde !"

    Normal, rien de plus normal que l'élu pas vraiment volontaire d'un peuple d'en haut, puisse s'agacer de cette question vicieuse de la part d'un ami.

    Le "LEM", c'est français non ?

    " Quand on est ressorti du...du cube volant je savais plus où en j'en étais du délire..."

    "Cube volant", Super Sigurd passait-il aux aveux discrètement?

    "C'était pas plutôt un mini cinéma 3 D , vu que t'as été drogué par le curé ?"

    Le voyageur contre son gré, un voyageur imprudent, ne saisit pas la perche tendue et il poursuivit dans l'émotion.

    " Il me tendait ses longs bras d'imbécile heureux, et vas-y que ça se bousculait dans ma tronche..."mon frère"..."la vérité "..."rester chez toi cette nuit"..."partager"..."ère de la connaissance..."

    Comme ça tournait franchement vinaigre, et dans un état second, Sigurd avait violemment repoussé cette apparition, cette illusion sans consistance réelle.

    " Raide qu'il est tombé cet enfoiré de tordu...au pied du cube! "

    Dans la cave, le drôle d'ET homicidé reposait donc raide mort (ou dans un état inconnu?).

    "Ramène-toi vite Thomas!"

    Sigurd, Super-désappointé, un "Zorg" plus du tout dans son élément, et surtout au 36ème dessous, attendait Thomas sur le pas de sa fermette chic, "bobo-rénovée".

    Point de cube ou plutôt plus de cube dans le pré...Et pour cause.

    "Embarqué en douce dans un vieux camion pendant que je surveillais l'autre zèbre! "

    "Engourdi " par ses copains du terrain d'à côté , qui ne se contentent pas toujours de faire du jazz Manouche sous les étoiles.

    "Tu penses bien qu' j'ai pas galopé pour les choper..."

    Le temps que son complice arrive, véritablement complice à présent d'un...malheureux accident, les emmerdements avaient donc décidé de présenter leur lettre de créance au nouveau président élu, l'ambassadeur des Terriens auprès des cubistes.

    " Ca va se terminer à la récup de ferraille à coup sûr bordel !"

    C'est évidemment ce qu'il advint dans la foulée au superbe engin dépourvu de fioritures, de blason impérial, de loupiotes clignotantes, de rayon disrupteur d'espace et d'intrus.
    Un vaisseau sans chichis, aux modestes dimensions d'une ancestrale cabine des PTT.

    Lui aussi fut dézingué, consciencieusement occis, oxycoupé par un de ces gars de la communauté, dur au mal et justement employé à cette tâche ingrate de découpe parce qu'il turbine sans broncher par tous les temps.

    " Voyez monsieur le curé, j'y comprends rien..."

    Les emmerdements avaient continué de déclarer leur loyauté indéfectible à Sigurd.
    Le bon pasteur en quête d'âme perdue, s'était pointé à l'improviste chez son nouvel ami, sous prétexte de lui faire dédicacer son dernier livre " Les Rapaces de l'Espace ou l'argent du contribuable brûle-t-il en apesanteur?"

    " Par ma foi, c'est là une étrange et pauvre créature qui..."

    Allongé prés d'un tas de bois et à côté de plusieurs bouteilles d'un fameux Meursault, l'ET à tête d'ampoule émit un son strident puis se redressa d'un coup.

    L'émissaire du Vatican entra dans une transe qui illumina son visage de premier communiant !

    Lui, il était dans son élément en cette singulière occurrence.

    Imaginez un peu l'aubaine: un ressuscité !

    " oui mon fils..."

    Il s'adressait visiblement au pilote de cubes et resta de longues minutes figé dans une écoute toute religieuse, acquiesçant avec une joie non dissimulée les messages silencieux.

    " Quelle merveilleuse révélation mes enfants...il y a vraiment un., une..."

    Monsieur le curé, considérant sûrement que le temps n'était pas encore venu, leur épargna charitablement le poids de cette bonne nouvelle.
    Pour les nouveautés et les absurdités , tueuses en série de la raison, la saturation guettait les suppliciés du soir.

    Et Dieu sait ce qu'on est capable de faire dans ces états-là ?

    " il veut quoi, mon père ?"...Devant le mutisme définitif de
    Stupeur Sigurd, Thomas se risqua à rompre le charme, réutilisant au passage une tournure qu'il n'avait plus prononcée depuis une éternité, hormis quand il parlait de son géniteur.

    " Il nous quitte bientôt, le ciel donnera le signe...Allons-y "

    Précédé d'un curé qui ouvre la voie, d'une entité de petite taille et à tête d'ampoule, les compagnons de cette étrange cordée quittèrent la cave pour gagner le pré d'à côté.

    C'est le moment qui fut choisi par les héritiers de Django Reinhardt, qui achevait une virée manifestement fructueuse, " complètement bourrés " , constat unanimement dressé par les membres de l'opération "le premier qui voit un cube a gagné", pour croiser encore la route du petit bonhomme pas comme les autres.

    "M'sieur Sigurd, M'sieur le curé, M'sieur , et le ch'ti gars là !"

    Même nanti de son autorité auprès de ces gens d'une Eglise évangélique un peu différente certes, mais respectueux des "Je vous salue Marie" , l' ecclésiastique requérra intérieurement le secours du Big Boss.
    Les saints eux-mêmes risquaient d'être un peu légers dans cette circonstance critique.

    Et l'ET curieux de tout qui s'approchait des fêtards dans la pleine lumière d'un phare du camion (l'autre étant manifestement hors-service...) !

    " La vache il est vilain le "gadjo"...le pauv' gars...tu veux un ch'ti canon?..."

    Il faisait nuit et une grosse étoile s'extirpa discrètement des constellations vacillantes sous le froid d'hiver.

    Elle devint cube ( un cube bon sang!).

    Le cube couleur d'argent , sans un bruit, se posa à quelques mètres de l'épave à moteur, borgne, dont le dernier contrôle technique devait remonter à l'invention de la roue.

    Il absorba tranquillement en son sein l'ET qui avait failli boire sa première goulée de pinard, une piquette qui l'aurait probablement foudroyé sur-le-champ.

    Tranquillement, vu que toute l'assemblée terrienne, bouche bée, à l'haleine chargée pour certains, fumait à l'unisson dans la nuit glaciale, comme pour un coup de sirène d'adieu quasi silencieux , hormis un "Jésus Marie Joseph..." dont on ne jurerait pas qu'il fut prononcé par Sigurd en personne!

    Les gens de la communauté à l'esprit nomade n'allèrent sûrement pas chez les flics pour signaler cet objet "volant".
    Des objets volants, il avaient vus d'autres... et des gars "pas finis" aussi.

    Le curé décida de garder dans le tombeau du secret de la confession d'un drôle de paroissien, ce qu'il avait vu et entendu. Sa priorité restant de stopper l'hémorragie qui vide l'église de ses infidèles croyants le dimanche, ce qui rend la messe toute anémiée.

    Quant à Super Sigurd et Thomas, Thomas qui en avait vu, du grand n'importe quoi, et qui ne croyait donc pas davantage à ces histoires ( et surtout qui n'avait pas demandé à voir!), ils se rangèrent aux côtés de la défense du bon sens, de la raison, combat pour lequel ils ferraillaient...au quotidien.

    Conditionné, drogué, nul ne peut affirmer sérieusement que des objets s'amusent à nous visiter. Et puis déjà battons-nous pour l'éducation correcte de nos enfants en dehors de toute chapelle !

    Que dès le plus jeune âge, ils sachent correctement assembler des cubes...

     

     

     

     

     

     


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  • Griffer, froisser les pages blanches

    Incanter ces mots de grimoire

    Fils de l'alambic à tiroirs

    Epiphytes d'amphigouri

    Dithyrambes d'ivre pythie

    Promettant le fol hyménée

    Aux seuls princes, tant adorés

     

    Mène, aurige, ton attelage

    De rimes ailées, de vers sages

    Que ta plume soit élégante

    Et pour mon âme, caressante

     

    Le poème du sage aurige


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  • Complicité d'ange

     

     

    Enigme au sourire de l'ange
    Regard posé sur notre monde
    Parle aux curieux à la ronde
    Pour séparer bien de la fange
    Mais ne dit rien, ce qui dérange
    Découvre enfin,las de chercher
    Une frise odeur de bûcher
    Qui dit la vie, qui dit l'amour
    Au bon chrétien, même au plus sourd
    Les plus belles choses sur terre
    Par sueur et joies sont à faire


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  • " Commandant Freeman, branchez la  Visio, c'est un ordre!....Je répète, branchez immédiatement la Visio!..."
    Depuis la découverte des "Périphériques de lumière" qui généraient des liaisons quasi instantanées, Freeman ne pouvait se retrancher derrière un prétendu délai pour différer sa réponse.
    Il devait s'exécuter dans la milliseconde.
    Une marée de nervosité gagnait le centre de contrôle à la vitesse d'un appaloosa au galop, et semblait submerger la "BAIE-I", port d'attache du vaisseau d'exploration "Michel-Ange".
    Le mot "contact" avait résonné dans le crâne des opérateurs et s'était répandu dans la base "ECHAPPE-L", base miroir de la "BAIE-I" dédiée à la sécurité des missions.
    "Contact" signifiait que l'équipage se trouvait en présence d'une "UBU" (Unité Biologique Unique") et devait engager une "COUCOU"(Communication Objective Urgente Complète et Utile).
    Depuis le développement des vols dans les ramures de l'univers, aucun cosmonaute n'avait débusqué la moindre "UBU"
    C'était à se demander si ces hommes de l'espace, lieu des rêves nomades, ne sombraient dans un véritable déni de "COUCOU" à l'heure fatidique!
    Dans "l'ESSAIM", siège bourdonnant d'activités des "Gouvernements unis pour la mutualisation des technologies innovantes pour une expansion universelle", le président Eddikhën ne devait pas tarder à arbitrer le conflit.
    Le commandant persistait dans son refus d'obéir aux injonctions réitérées pourtant avec fermeté, par le directeur du centre de contrôle de "LA BAIE-I".
    "-Visio exigée, priorité absolue, veuillez exécuter l'ordre de transmission en protocole d'urgence..."
    "Je souhaite m'entretenir avec le président Eddikhën! "
    Von Leppzine, le directeur bafoué par ce refus d'obtempérer, supportait avec une rage à peine contenue la cécité imposée, et gardait un calme de façade.
    Mais il aurait volontiers frappé l'écran noir à coups de canne!
    Il reprit l'initiative d'une négociation toute de diplomatie:
    "Commandant Freeman, nous comprenons..."
    Il fut sèchement interrompu.
    "Rien, vous ne comprenez rien à rien!" 
    Le discret clignement des paupières de Von Leppzine à chaque "rien" asséné par le cosmonaute rebelle, marquait sa quasi-soumission.
    "Je suis le commandant de cette mission et mon devoir impose qu'une décision au plus haut niveau soit prise rapidement"
    "Pas de problème Freeman, le président Edikken sera informé sans délai ..."
    "Immédiatement, ou vous porterez l'entière responsabilité de la perte du contact!"

    Alors qu'il s'extrayait à regret de la colonne vaporeuse jaillie de la "machine à rêves rajeunissants" où il flottait jusqu'à peu en souriant aux anges , le président abandonnait un océan de naïades, pour un torrent d'emmerdements.
    Appelons un chat un chat: cette "UBU" était en passe de devenir la reine des emmerdements!
    "Faute de vous voir, je vous écoute commandant Freeman"
    Sanctuaire à la mesure de ses fonctions universelles, le bureau carré du président garantissait le secret absolu.
     "Voyez plutôt monsieur le président" lâcha le commandant.
    Une révélation qui paraissait osciller entre fatalisme et agacement, sentiments en faveur desquels ce vieux loup des mers interstellaires ne hissait quasiment jamais la bannière sur les navires dont il tenait le gouvernail.
    A la découverte du visio, Eddiken renonça définitivement à entrer dans l'histoire d'un inattendu:
    " Qu'est-ce qu'elle fout là!"  qui corroborait néanmoins la décision de Freeman de ne pas livrer immédiatement les contours de l' "UBU".
    " C'est toute la question monsieur le président!"  dégaina un peu sèchement le cosmonaute.
    " J'en parle à mon conseil, maintenez la confidentialité absolue, je confirme un protocole de confinement à la "BAIE-I" "
    "Avec tout le respect que je vous dois Monsieur le Président, faites-vite, le navigateur Ramirez est déjà à genoux et il ne répond plus à mes ordres! ", ajouta sans autre formule de déférence un Freeman pressé par l'enchaînement fatal des événements.
    " Ramenez au moins ce Gonzalez à la raison commandant, je traite l'urgence..."
    " Ramirez, monsieur le président, Ramirez" ...La fatalité marquait des points.
    " Hein? Quoi commandant ? "
    " Rien, monsieur le président, à vos ordres".
    Un salut militaire mécanique devait probablement accompagner cet ultime échange. 
     
    Premier "spin doctor" d' Eddiken, conseillère de l'ombre et de leurs pénombres inavouables, la propre femme du Président pouvait très bien constituer le pallier unique de la prétendue consultation du conseil éclairé.
    Consulter pour avoir la paix n'est de toute façon pas étranger à l'exercice de hautes responsabilités et reste un noble mobile.
    "Alors on fait quoi ? " 
    Le président semblait un jeune premier s'interrogeant fébrilement sur la première impression faite à une donzelle indifférente.
    " Il ne vaut mieux pas "
    Madame Edikken savait à merveille distiller, outre les indices  d'un tempérament fougueux que son charme naturel drapait d'un soupçon de noblesse, cette fermeté qui congédie toute opposition.
    Le message fut donc transmis sans délai à Freeman:
    " Un visio de l' "UBU" n'est pas prioritaire commandant, Von Leppzine ne recevra pour toute information que l'absence d'un contact avéré"
    " Et maintenant , Monsieur le président? " 
    Edikken , l'espace d'un instant empli du fol espoir de lever enfin le voile sur une entité présentable, c'est-à-dire à dire absolument exotique et ne ressemblant à rien de connu, ne put retenir, une fois cet espoir instantanément désintégré, ces mots qui lui échappaient:
    "Tapez dans vos mains commandant! "
    Le cosmonaute s'exécuta, non par réflexe conditionné d'obéissance aveugle, mais pour répondre aussi par un applaudissement de dépit à cette boutade interplanétaire à portée limitée.
    l' "UBU" se volatilisa comme elle était venue, quand bien même la conviction du commandant manifestement feinte, aurait pu au contraire générer une réplique.
    Certains experts du "COUCOU" préconisaient d'ailleurs à tous les navigateurs de proscrire certains signes, certains gestes, dont le claquement des mains, dans la perspective du premier contact.

    Von Leppzine considéra avec méfiance le visio panoramique que Freeman lui offrait à présent de la cavité cristalline dans laquelle s'écoulait un liquide fluorescent, nimbé d'une brume bleutée.
    Au retour de la mission "Michel-Ange", découvreuse de molécules nouvelles probablement dotées de certaines vertus curatives pour les cellules hépatiques ( véritable miracle pour foie déclinant), sur une planète hélas faible d'atmosphère, l' « UBU » fut reléguée au rang de simple illusion.
    Des interférences dans les périphériques de lumière pouvaient altérer la restitution photonique des visio, c'était scientifiquement démontré.

    Ramirez, le navigateur de la mission, s'enferma dans un mutisme duquel il ne sortait qu'occasionnellement, encouragé en cela par un alcool libérateur.
    " Je suis ta mère...je suis ta mère" répétait-il des sanglots dans la voix, puis il s'éteignait subitement.
    Le décès de sa propre génitrice peu après le retour des étoiles constituait probablement, au delà d'une improbable crise d'identité, l'une des sources de cette chute en eaux troubles.

    Grand amateur d'antiquités "cinématographiques", Freeman se laissa quant à lui porter par une oeuvre austère , le temps d'un repos salvateur avant un nouvel envol dans le vide interstellaire.
    Les images en noir et blanc qui restituent si bien l'essence des êtres, contribuèrent à l'apaisement de sa mélancolie.
    Aux antipodes de l' "UBU", le beau visage attristé d'une adolescente faisait pourtant  écho aux contours du contact perdu.
    Aucun lien ne semblait unir l'entité lovée au coeur d'une planète si lointaine que la rejoindre reste un interminable vertige, et cette jeune fille, mère par la médiation du Mystère, d'un enfant-Dieu.

    Qu'elle soit de nature organique ou vraiment transcendante, cette apparition révélait à Freeman une évidence: la présence de l' "Autre" dans l'infini cosmos.
    Il se prit à rêver que de la prochaine "UBU", il serait le roi.
     
     
     
     
     
     


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