• Un  fossé profond et sombre, qui de jour en jour ne cesse de se creuser, c'est ce que nous partageons désormais.

    Des remparts dressés toujours plus haut, ce que nous construisons frénétiquement, à en écorcher les nuages aux portes du ciel.

     Quant aux oubliettes à rancoeur, nous les ouvrons bien trop souvent les lendemains du dernier mot de trop.  

     

    Les fenêtres meurtrières de notre chambre s'ouvrent à présent sur une bise glacée.

    Elle pique les yeux à les faire s'embuer.

    Et du fond du jardin flétri par l'hiver, la cohorte d'illusions  donne un assaut silencieux aux rêves ultimes de châteaux en Espagne.

     

    Quelle flèche assassine finira-t-elle par achever le triste ouvrage ?

     

    Au lieu de t'offrir ma fin glorieuse qui défierait la mort elle-même, je ne suis que le triste Cid désarçonné d'une reconquête perdue.

    Chimène inconsolable , au héros redevenu mortel d'ennui, tu crois le pardon impossible.

    Mais nous l'avons pourtant bâtie, cette fière citadelle qui clame la lumière éblouissante du soleil de Burgos !

    Ne raconte-t-elle pas la geste de fougueux amants ?

     

    Nous les avons de bonne foi élevés vers des hauteurs sans limite, ces châteaux en Espagne! 

     

    De tout notre cœur, édifiés à mains perdues, bâtisseurs au corps meurtris et nus, frissonnant sur une pierre de gisant.

     

    Beaux mais sans âme, ces forteresses font de nous des seigneurs solitaires, dans un royaume d'ombres et de regrets

     

    Chacun de notre côté, hélas.

     

    Un foulard flamboyant noué autour du cou, c'est le parfum de ta peau que je veux retrouver pour être encore ton champion!

    Au pied du donjon, j'attends que d'un sourire complice, tu jettes au vent l'étoffe de soie.

    Etendard de notre espoir retrouvé, elle flottera au delà des remparts, du fossé, se laissant caresser puis étreindre comme au temps de l'amour impatient.

    Notre dernier mot ne sera pas un mot d'adieu.

     

    Le pont-levis s'abaissera à mon retour pour se refermer sur notre éternité à nouveau conquise. 

     

     

    La Reconquista


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  • Le triomphe des insoumis


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  • Cette rose-là, cueillie au vol dans le port de Honfleur, m'inspirait depuis longtemps des envies d'écriture aux accents sudistes.

    La rose au miroir

    Il me brûlait de les incarner en des évocations moites, incandescentes et passionnées, tout autant emporté par le vent de la poésie que par le souvenir de légendes saupoudrées sur un boulevard d'étoiles. 

    Mais au lieu d'une envolée de feu, de sang, de sourires séducteurs, de regards embrasés au milieu du tumulte, cette rebelle-là me refusa l'ivresse d'une ode à l'étreinte proscrite.

     Quand j'ouvris à nouveau les yeux, décidé pourtant à  lever l'ancre au gré de quelques lignes d'écriture dédiées à ma prochaine odyssée , je restai à quai comme un marin débarqué de son clipper.

     Le parfum entêtant du lys se dissipa dans les derniers accords mélancoliques d'un bal crépusculaire aux quadrilles surannés...

     

    « Un désir fugitif est-il un désir vain ? »

    Parfois, il y a des mots venus de nulle part, mots d’humeur ou mots d’humour qui, sans être bleus, s’imposent comme une évidence.

    J’ai tout de suite envie de les triturer, les presser afin d’en extraire  je ne sais quelle essence ou révélation.

    Telle une huile sacrée dont on peut oindre son âme et son front.

    Marqué d’un signe venu des tréfonds baptismaux de mon être, plongé dans ces eaux qui troublent mes certitudes, je m'interroge.

    « Le fugitif est-il vain de son désir ? »

    « Le désir, en vain, désire-t-il  le fugitif ? »

    Heureusement, je n'obtiens en guise de réponse que la bénédiction des questionnements à venir.

    Et puis de nouveau un murmure, un nouveau murmure.

    « Il n’y a que l’hymne au présent qui vaille »

    Allez savoir pourquoi, je sens que cet hymne-là va me faire chanter si je ne lui donne pas un avenir.

    Des verbes et du temps qui  écrivent une autre page de mon histoire, Pythie de mes fêlures secrètes.

    Au cap ultime du voyage , j'espère encore entendre cette voix inspiratrice de tous mes mots, ma compagne de toujours. 

    Notre secret hyménée résiste à toutes les tempêtes.

    Dans le théâtre d’ombres à jamais, ou en pleine lumière,  j'aurai été ma vie durant un simple saltimbanque sur scène, émerveillé par la saveur amère ou  sucrée des chants de l'amour et du hasard.

    Un éternel fugitif au fond, le vagabond aux mots errants qui ne les trouvent pas ce jour, même pour une rebelle mélancolique, pâle et hautaine.

    Une rose de Savannah...  

     

    La rose de Savannah

     

     


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  • Adieux au pressoir

    Banquet de nymphes aphones

    Faune à pleine coupe

     

    Fête des vendanges


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  • Révérence triste

    Pavane pour fleur défunte

    Sanglots de pétales

     


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