• Mon mysticisme à moi, il s'est forgé en ne m'étonnant plus de rien dans un premier temps, puis en m'étonnant d'un rien avec le temps.

    Ce n'est pas le mysticisme « haut de gamme » qui s'affine sous les ciels limpides d'un désert stérile de l'hémisphère sud, porté par le regard sans concessions d'un photographe en service commandé. 
    Celui-là, c'est du mysticisme « durable », « raisonné », en circuit court avec la raison.
    N'importe quel mystique vous le dira, rien ne vaut pourtant le désert pour s'encanailler avec l'invisible!

    Le mien, il est ancré dans les traditions de la terre bourguignonne.
    Il est donc provincial et plein de bon sens.

    Observer le curé et ses sbires consommer sans vergogne le corps du Christ et boire son sang chaque dimanche en fin de messe, laisse l'enfant paroissien plus que songeur.
    Du coup, il lève d'instinct le nez en l'air en attendant que ça se passe, histoire d'avaler cette drôle de pilule, de tenter de comprendre ce tour de passe-passe. 
    Il fixe son attention sur la coque du bateau-cathédrale qui flotte sur les nuages, son regard vagabond croisant alors des tableaux de verre veinés de plomb et une rosace qui déposent à ses pieds des éclats de lumière colorés. 

    On jurerait que la nef est prête à décoller.

    D'ailleurs, tous les saints personnages et les martyrs divers, flottent déjà en apesanteur dans la hauteur des travées du vaisseau à tuyères de gargouilles.
    Ce sacré panoramique nous rend un peu chair du Canon des émerveillements à venir, il fixe à tout jamais la règle de nos sensibilités pour l'outre-monde, là où l'Eternité est de mise.
    Comment ne pas aimer alors sans compter le ciel et les étoiles, de toutes sortes?

    Après un gros orage d'été, il faut voir le soleil captif s'agiter en mille scintillements dans une flaque d'eau.
    Et quand la nuit regagne son terrain, que la nappe piquetée de lucioles se déploie pour le festin des rêveries, mon ciel bourguignon chuchotant ses splendeurs s'offre au regard du gourmand.

    Un satellite à la trajectoire rectiligne avance placidement.
    Vénus qui joue à l'OVNI, nous a encore pris pour des candides mais un peu bernés cependant.
    Enfin, le phare d'un avion qui passe de nova à nébuleuse, disparaît comme par magie.

    Ces attractions ne font qu'aiguiser l'appétit pour l'arrière scène.

    Les nuits calmes, transparentes, et foisonnantes d'étoiles, nous rendent perceptibles le mouvement de l'univers, comme un balancement léger, un vertige délicieux.
    Ce sentiment, ce petit rien dont je m'étonne encore, c'est mon mysticisme au ciel imparfait, posé sur des vallons dont nombre des pointes de fusées sont les girouettes des églises.

    Quand viendra le temps où un émissaire du cosmos, fier dans son costume inévitablement argenté se posera sur ma terre, je l'inviterai d'abord à faire silence à mes côtés et à contempler la voûte céleste.
    Je lui poserai ensuite cette simple question qui n'attend évidemment pas de réponse:
    "-qui y'a-t-il de plus beau?"
    Et si son métabolisme le permet, il terminera bras en croix ou tentacules déployés sous les étoiles, converti à mon mysticisme paysan par un Chablis bien frais.

    Je me demande même si je n'aurai pas sauvé la terre d'une  invasion annoncée..


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  • Le cri

    Homo sapiens est l'exemplaire probablement unique d'une évolution hasardeuse dans un environnement propice, et que des mutations successives avantageuses, ont mis en situation d'assurer, par transmission du patrimoine génétique, la pérennité son espèce.

     

    La science a démontré que le processus vital dont il est issu n'a pas besoin de l' intervention d'une nature transcendante pour se réaliser.

     

    Ses aptitudes cognitives le placent en situation de domination au sein du vivant, de la capacité à modifier son milieu, jusqu'à celle de dupliquer ce même vivant en laboratoire.

     

    A l'échelle des temps géologiques, du pas de la conscience réfléchie, du langage, au premier pas sur la lune, il ne s'est écoulée qu'une fraction de seconde pour cet hominidé.

     

    Emportés par la tempête dévastatrice d'un astéroïde exterminateur ( d'autres thèses plus "endogènes" existent), les dinosaures, eux, font figure de patriarche au regard de l'émergence du juvénile Homo sapiens qui risque d'être finalement météorique!

     

    Qui peut dire si de nouvelles mutations feront mentir cette chronique d'une fin annoncée, voire comme le disait déjà un ami jésuite dans les années 50, dans une improbable échappée à la mort par expansion sidérale via l'astro-nautique?

     

    Alors qu'aucune grand voile d'un quelconque radiotélescope n'a encore été agitée par le moindre signe de vie d'un exo-monde, l'homme reste pour le moment une sorte d' "hypothèse hasardeuse" plutôt réussie dans le cosmos.

     

    Nulle preuve à ce jour que dans cet espace infini de plus de 14 milliards d'années d'existence, nous ne soyons pas tout bêtement condamnés à l'isolement, de par notre nature singulière, ou simplement, parce que nous sommes seuls!

     

    On reste dans l'ordre de la spéculation, alimentée de bonne foi par ceux qui exercent leur magistère tant dans le domaine scientifique que spirituel, et qui font souvent se confronter dogmes et croyances.

     

    Le cri

    Ce spécimen du genre humain saisi dans un musée,  mime un cri à la face de cet ancêtre d'un autre temps, d'une autre espèce, soit pour le "singer "par jeu, soit pour exprimer une forme d'angoisse devant cette altérité royalement  tyrannique, effrayante, soit pour marquer le triomphe final de l'Homme (qui est en cette occurrence une femme).

     

    Personne pour la contredire dans le ciel actuellement...( et même sur terre, aucun homme n'oserait se mettre en danger)

     

    Elle risque tout au plus une extinction de voix, alors que le vénérable prédateur a subi la voie d'une supposée violente extinction.

     

    "Peut-être je serais vieille un jour ,mon vieux fossile, cependant je n'ai que 300.000 ans et je t'emmerde en attendant"...

    Le cri

    Il m'est idée qu'au travers de nos investigations les plus rigoureuses sur les conditions d'émergence du vivant, la pluralité des mondes, l'interrogation inscrite en filigrane est bien celle de notre devenir, ce qui rend insupportable la perspective d'imaginer un monde sans limite dépourvu de "l'autre".

    Pour conclure ce modeste billet, j'ai le sentiment que la communauté scientifique, à l'instar de certains croyants, doit se résoudre sur la question de la propagation du vivant et d'autres "humanités" dans l'univers  à une sorte d '"optimisme tragique" tel que le philosophe Emmanuel Mounier qualifiait son sentiment personnel.

     

    Continuer un combat quotidien pour élaborer des théories validées par l'expérience, explorer, tout en gardant l'espoir en dépit du silence assourdissant des grands espaces, rester fidèle aux fondements rationnels de son action, tout en préservant sa liberté de conscience.

     

    Un curseur évidemment plus que complexe à déplacer, en constante évolution... 

     

     

     


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  • Un génie a placé la gare de Perpignan au centre du monde.

    C'est donc là un fait incontestable.

    Les chats de Cadaques, centre de l'univers

     

     Incontestable et bouleversant à l'heure où les rencontres avec d'autres mondes, d'autres humanités, n'a pas encore sonné.

     Le temps passe.

     Au rendez-vous de l'altérité, les montres et leurs aiguilles restent désespérément molles, insensibles aux beaux miroirs de télescopes titanesques, d'antennes déployées comme une grand-voile, de satellites scrutateurs de rayonnements primordiaux, et de sondes, paparazzi acharnés de terres étrangères mais sans vie.

     Toute une avant-garde des sciences pures et dures mise en échec sur ce plan, même si les exoplanètes se pavanent à foison, mais sans rien promettre.

     De l'exoplanète à l'exo-monde, il y a sûrement un pas-de-géant à franchir !

     Le centre du monde pour mon ami le sulfureux génie, c'est un lieu exclusif, unique et définitif qui regroupe deux "qualités" essentielles:

     1) un lieu qui inspire

     2) un lieu où l'être préservé miraculeusement d'un cataclysme s'épanouit pleinement dans la quintessence de la pensée créatrice

      Et si le centre même de l'univers pouvait aussi se situer à moins de 100 kilomètres de la gare de Perpignan ?

     Qu'en disent de généreux docteurs qui condescendent à se mettre au niveau du candide ?

     « Le début de l’expansion était et est toujours exactement en tout point de l’univers, c’est-à-dire partout. On peut encore détecter la lumière issue du Big-Bang sous la forme d’un rayonnement cosmique appelé "Fond diffus cosmologique", ce rayonnement remplit l’espace en tout point et se propage dans toutes les directions en même temps à partir de partout. » 

     Mon ami, le génie qui s'asseyait parfois sur toute réalité au mépris des conventions, aurait apprécié la vision de ces chats de Cadaqués.

     

    Les chats de Cadaques, centre de l'univers

    Et se serait probablement étonné ou amusé de la relative modestie de sa révélation sur la localisation catalane du centre du monde !

     Ces chats paraissent envoyer le plus noir d'entre eux, sans préjugés donc, découvrir ce qui se cache derrière le mur de leur « planque ».

     Hors de nos territoires connus, nous rampons aussi pas à pas, nous agrippant comme ces curieux félins pour tenter de nous représenter l'univers, des premiers instants (ou même d'avant le temps), jusqu'à son inexorable expansion.

     

    Ils rencontreront comme nous des murs parfois infranchissables,

    Ils entretiendront, comme nous et par la force des choses, une relation particulière à l'invisible.

    Les uns se fondront d'instinct dans l'obscurité, faute de comprendre la nature des éléments qui les menacent, pour survivre.

    Les autres harmoniseront des pigments qui illumineront de simples toiles, des notes noires et blanches qui enflammeront des partitions, pour libérer leur monde intérieur.

    D'autres enfin mesureront, arpenteront le cosmos, avec le frénétique désir de tout savoir.

    Comme si cela était la condition même l'existence: se relier à l'invisible et lui donner un visage, chacun à sa manière.

     L'animal sous forme d'un bruissement,d'une odeur, l'artiste sous les traits et la douceur d'un être aimé ou d'une musique qui rend le souffle court, l'astronome par l'image d'une nébuleuse, d'une étoffe cosmique diffuse.

    Les chats de Cadaques, centre de l'univers

     

     

    Les chats de Cadaques, centre de l'univers

     

    Ces "multivers" ont chacun leur raison d'être.

    Et c'est l'incommensurable territoire restant à défricher, l'exaltant franchissement d'une  frontière à chaque nouvelle découverte, qui est notre vraie marche en avant.

     Un minuscule berceau attendait, de toute éternité, que l'univers s'épanche avec énergie, dans tous les sens, nulle part et partout à la fois.

     

    De cet univers expansionniste, Cadaqués et ses chats peuvent bien être finalement le centre.

     Tout comme la gare de Perpignan d'ailleurs!

     


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  •  

    Une lumière aveuglante, une onde de chic.

     

    L'élégante gantée qui dévoile à mi-cuisse la soie de sa peau nue est un sourire rouge sang.

    Du haut de sa robe deuil modelée pour la damnation, jusqu'à la croisée de ses jambes réunies, j'ose l'éternité d'un regard furtif.

     Assise, toute de désinvolture, tortionnaire habile, l'élégante anime sa jambe laissée libre d'un mouvement régulier de va-et-vient.

     

    M'invite-t-elle à retirer prestement son joli pied de la chaussure à longue pointe ? 

     

    Dans l'arène de coeur, elle pique ainsi mes entrailles pour jouir du subtil plaisir de la brûlure infligée.

     Son coup d'estoc talon aiguille me fait poser le genou à terre.

     Jouet enfin révolté de la noire veuve vaudou, je dénoue ses longues jambes et décrète l'abolition d'un esclavage résigné.

     

    Vitrifiée la pudeur!

     

    Je savoure de ma bouche initiée, les mets interdits.

    Le grain délicat de sa peau parfumée, incomparable douceur tissée dans l'Eden, est un chemin exaltant de délicieuses souffrances.

    Impatient de boire le monde à l'origine, il me faut cependant ouvrir délicatement l'offrande du calice .

     

    Un songe pénètre ensuite mon âme abandonnée aux esprits, le souvenir ancestral du va-et-vient de sa jambe à la fine cheville.

     

    Nous nous unissons sans limites, au rythme de cette incantation jusqu'à la transe qui délaisse nos corps après la mort.

     Balayés tous deux par le choc aveuglant du songe, une onde à la joie incandescente, il ne reste plus à l'aube que nos ombres calcinées, et point de serments sur les murs muets.

     Les cendres de la décence à peine répandues, nous célébrerons à nouveau, je le sais, cet holocauste divin, sur l'autel consacré en notre chambre secrète.

     

     

     

     


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  • Elle est ce territoire sans limites sur lequel jamais ne se couche le soleil et qui emprisonne notre humanité dans une nuit éternelle.

     

    Elle allume des feux, fait briller les yeux, ne laissant derrière elle que cendres et paupières closes à tout jamais.

     

    Elle est ce qui se partage le mieux au monde, un banquet funeste auquel on ne s'invite que pour affamer davantage les pauvres gens.

    Sa noce avec l'ignorance est promesse de multiplication des peines.

     

    Empire sans avenir, étincelle glaciale, mortel amphitryon.

     

    Elle est terrible la haine, elle est terrible, et séductrice.

     

    Elle déteste pourtant nos enfants.

    Ils sont les germes d'espérance.

    Et elle les craint comme la peste.

     

    C'est pour cela qu'elle se pare souvent de masques grotesques pour s'en protéger.

     

    Mais les masques doivent tomber un jour.

     

    Elle crèvera la haine, elle crèvera de respirer l'Autre à pleins poumons.

     

    Mais avant que ne se répande cette épidémie là, les faux docteurs n'auront hélas que trop grimacé leur remède absurde contre l'avenir.

     

    Contaminons au plus vite la haine.

     

     

     

     


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