• Se prendre le pied

    Nu dans un tapis volant

    Le tendre baiser



    Déchirer la lettre

    Persane offerte à la nuit

    Des temps sans pudeur



    Croiser tes yeux verts

    Emeraude geôle du roi

    De cœur et jaloux



    Tromper à chaque heure

    Du crime jusqu'à la danse  

    Du sabre à mon cou.

     

     

    Le joli petit haiku de ‘Arûs al –Arâis, la courtisane.


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  • Sur un éblouissant muret surchauffé, ondulait un lézard moucheté.

    Rien de bizarre au soleil du zénith, dans cette chaleur de mirage.

    Il fut rejoint par un congénère tout droit venu de Zanzibar.

    Un fameux bavard.

    « Je suis, tu es, nous sommes aussi les tsars, les stars de l’escamotage ! »

    Il poursuivit, peu avare de paroles.

    « Sans « Z » nous disparaissons »

    « Comment ça, sans aide, nous disparaissons ? » interrogea, curieux le squamate à l’arrêt.

    « Bougre de rampant de bazar, nous sommes par les arts du camouflage ! » répliqua l’autre reptile de Tanzanie, échoué sur une pierraille brûlante.

    « Lézards du camouflage ? » se hasarda le moucheté, piqué au vif.

    « Il suffit d’une lettre pour tout changer de notre état » projeta d’une langue fourchue, le singulier de Zanzibar.

    Normal, pour un ami des beaux arts.

    Emporté par sa fougue, celle là même qui le fit se perdre depuis son Afrique natale, il enchaîna, figé sur le muret aveuglant :

    « Il y’ a le mot qui enivre, et celui qui sonne creux…l’écrit vin et l’écrit-vain »

    Habitude de lézard, il ne frémissait même pas, alors même qu’il s’excitait.

    « Drôle de zèbre » ne put s’empêcher de penser l’autre qui n’ondulait plus depuis un certain temps, celui de la rencontre avec ce zoulou à la langue bien pendue.

    Envoûté par ses propres formules, l’exotique squamate, ne songeait plus à se dorer, comme tout lézard commun :

    « Concevez qu’avant d’être thésard , en « T » par son mémoire, le brillant étudiant n’est qu’un

    têtard ».

    « Hanté par son mémoire …ce diable joue sur les mots » pensa très fort le reptile agacé, et il regrettait d’avoir dû, contre son gré, accueillir le singulier étranger sur son muret.

    Sûrement, ce lézard aux talents de sorcier, lut dans l’esprit du moucheté :

    « Certes je cherche belles et buts, des monts et merveilles mais mon talent saute aux yeux ! » s’enflamma le subtile reptile.

    Un jeune malabar, du nom de Balthazar, et qui passait par là, remarqua le spécimen de Zanzibar.

    Le solide provençal, ne put heureusement conserver, comme unique trophée, que la queue frétillante du verbeux lézard, en fuite.

    Le moucheté, que son insignifiance avait préservé d’un sort funeste, se trouva un autre recoin tout de chaleur, pour méditer sur les sentences de son cousin d’Afrique.

    Il finit par s’avouer :

    « Il est bien comme tous les autres, sans un usage à propos de sa queue, ses belles paroles ne suffiraient pas à faire de lui un lézard libre »

     




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  • Pour te plaire, je volerai un rayon de lune que je porterai autour de mes épaules afin de le déposer, bravant les flots et nageant sans relâche jusqu’à rejoindre les vaisseaux de guerre de farouches rois grecs en route pour leur expédition légendaire et que de ce sélène ruban d’argent, soumettant les artistes troyens à ma volonté de le métamorphoser en un bijou unique que l’incomparable Hélène tentera de subtiliser au péril de sa vie, naisse une parure digne des déesses de l’Olympe, capable de séduire l’âme sans compassion d’un Achille ivre de ses victoires sanglantes, de le détourner de sa fureur implacable, et dans un funeste instant d’égarement où il offrira sa vie à une flèche vengeresse, le précipiter avec la cohorte des ombres de ses victimes dans l'enfer sans repos auquel il les a toutes condamnées, au terme de combats qui refusent le moindre prisonnier, et quand Agamemnon qui pleurera le héros presque dieu croisera mon regard exalté, il comprendra qu’aucune force brutale , aucune chaîne, ne résisteront à mon désir sans limite de te rapporter la merveille issue du génie d’antiques orfèvres qui auront caressé de leurs outils mystérieux et agiles, une matière plus précieuse que tous les métaux connus sur la terre des simples hommes, le rayon de lune devenu splendeur pour te plaire, dérobé aux cieux, et qui te reconnaîtra comme unique et légitime créature dont la beauté est digne de le posséder…


    « Pour me plaire, commence à épargner ton souffle des phrases trop longues, et au lieu que ton imagination féconde des chimères, réserve-toi pour l’odyssée de notre nuit » répondit ma douce aux offrandes de mes fougueux élans romantiques.
    Du moins, je crus l’entendre.


    La pleine lune inclinait donc mon esprit vers une rêverie qui manifestement, risquait de me confronter à la réalisation de prodiges que je n’étais plus très assuré de mener vers des conclusions dignes de la stature d’un héros !
    Je reconsidérai alors mes desseins à ton égard. 
    La tête posée sur mon épaule tu savourais simplement cet instant. 
    Le sable fin de la plage n’avait pas fini de s’écouler entre mes doigts et le temps m’étant compté, je saisis une inspiration salvatrice.
    J’interpellai l’autre versant de ta gourmandise et d’un génial « …je mangerais bien une poire Belle Hélène, moi… » je nous permis de poursuivre notre soirée sous des augures favorables, et de la prolonger d’exploits à la hauteur de ma stature de simple, et de modeste mortel.
    Pour te plaire…

     

     

    Parîs au mois d'août


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  • Cette douce soirée d’été promettait d’attirer de nombreux curieux à l’observatoire du club.

     

    Rituel instauré depuis plusieurs années, cette porte ouverte aux étoiles fuyantes rassemblait traditionnellement une petite troupe attendrissante de ses questions naïves.

     

    La soif de savoir des candides pouvait déjà s’étancher aux sources de la voie lactée, qui s’épanchait depuis le Sagittaire, appuyé par le Scorpion, première constellation à piquer la curiosité des touristes d’un soir.

     

    Cette année là, le ballet des satellites joviens, quelques amas globulaires, La galaxie sœur, les doubles colorées du Cygne et du Dauphin offraient matière à gloser sur poids et mesures à l’échelle de l’univers mais aussi sur la pluralité des mondes.

     

     

    Un petit monsieur, fort peu favorisé d’apparence et qui s’exprimait d’une voix hésitante, posait timidement une multitude de questions courtes et précises. Disgracié, mais doté d’un pétillant regard qui disait son impatience, il était toujours le premier à observer l’objet céleste pris dans les filets du miroir de 410 mm.

     

    Alors que vint l’heure raisonnable de refermer le toit de l’observatoire, nous séparant des invités dont certains juraient, comme chaque année, de succomber à la passion en s’inscrivant au club, ce petit monsieur semblait figé, comme fasciné par la manœuvre .

     

    Je m’apprêtais, le voyant peu enclin à prendre congé, à lui proposer le café et les quelques gâteaux « maisons » que nous dévorions traditionnellement en fin d’observation. Il refusa poliment cette eucharistie pour le partage de laquelle tous nos pratiquants étaient généralement consentants.

     

    Alors que je faisais remarquer à mes coreligionnaires la prolixité de ce participant, je fus étonné de m’entendre affirmer « qu’il n’avait pas dit un mot ! » et se contentait de « jeter avidement l’œil à l’oculaire ».

     

    D’instinct, je quittais alors l’assemblée, qui poursuivait dans la joie la communion rituelle, pour voir s’en retourner ce curieux personnage, inconnu de tous.

     

    Un pinceau de lumière qui balayait les haies bordant notre terrain, m’indiquait que le véhicule du petit homme regagnait…

     

    Bouche bée, j’aperçus un sursaut d’une lumière orangée et d’une balafre de rétine, je vis ce drôle d’équipage rejoindre…le firmament !

     

    Les rires en rafale qui résonnaient depuis notre navire aux voiles repliées, me dissuadèrent de narrer à ces marins sans peur, la teneur de ma « vision ».

     

     

    J’imaginais avec effroi les réactions des participants d’un forum d’astronomie, et que je hantais de temps à autre, sous l’anonymat de mon « pseudo », si j’osais relater ce fait si peu scientifiquement correct.

     

    Doté d’une bonne dose d’imagination, j’ai donc décidé que cette nuit fut simplement celle des portes ouvertes à mes délires !

     

     


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  • Une part évidente de notre imaginaire semble prendre racines dans la ville aux mille cultures.

     

    C'est probablement ce qui nous rend presque familière cette jungle urbaine faite de géants d'acier, de pierre et de verre, aux proportions hors normes.

     

    Livrés à nous-mêmes, un singulier instinct guide pourtant nos regards, comme le réflexe né du sentiment d'être instantanément adopté par cette cité tout à la fois étourdissante et éblouissante au jeu de sons et de lumières hypnotiques .

     

    Faire escale dans un des nombreux squares, qui sont comme les mirages surannés d'un New-York orgueilleux au miroir de ses légendaires verticalités, c'est retrouver la quiétude apaisante qui marque une pause salvatrice dans notre frénésie de découvertes ou de rencontres.

     

     

    Unique moyen de ne pas être définitivement possédé par l'envoûtante Manhattan ? 


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