• Il est un son un peu étouffé, désespérément régulier, tout de tristesse, et qui m’obsède chaque soir depuis novembre de l’année dernière.

    Un air ni très vieux, ni languissant et funèbre, ni le petit bruit de l’œuf dur cassé sur un comptoir d’étain.

    Il évoque certes un autre temps, mais qu’aucun ne souhaite revivre, et la faim, mais de celle qui voisine avec la peur de mourir.

    Chaque jour que Dieu fait, il se rappelle à moi, quelle que soit l’heure de la journée.

    Il choisit cependant, et de préférence, la tranquillité vespérale, quand après l’agitation de la journée, le regard se perd aisément sur d’insignifiants détails de la maison, du paysage, vous rendant hermétique à toute discussion, au grand désespoir du conjoint…

    Ou bien simplement la banalité d'une douche, cette sorte d’averse tropicale bienfaisante, moment privilégié de détente et d’abandon.

    Mains sur le visage, comme détaché enfin de mes combats de la journée, je repousse instinctivement mes cheveux en arrière et j’y pense.

    Ce son tragique, ce tintement funèbre, devrait déchirer tout autant l’âme et le tympan des puissants, des trafiquants, au moment précis où ils s’apprêtent à prendre leur funeste décision, ou conclure leur odieux contrat,

    Cette plainte continue, sans nationalité, sans frontières, devrait les hanter au point de les rendre fous, et de les obliger à quitter sur le champ leur trône et leurs sièges sociaux ultra-modernes !

    Qu'ils connaissent à leur tour cette angoisse, éprouvent cet incommensurable sentiment d’absurdité et de révolte, en imaginant devoir porter à vie une plaie douloureuse au creux de l’oreille, toutes les années d’un deuil ininterrompu, pour chaque être humain immolé au nom des guerres justes.

     

    « Si le glas sonnait une minute par homme tombé à Verdun, il sonnerait jour et nuit pendant quatre mois » 


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  • Se résigner au songe...

    Se résigner au songe...

    Aux rosiers du jardin, une bête qui fait l'ange, flotte dans les airs sur une plume blanche.

    Et c'est une rare aubaine pour des petites choses ailées, que l'habituel  piège mortel, tissé d'invisibles fils d'argent, soit marqué de ce sceau miraculeux.

    Quelle créature imprudente a pu ainsi perdre, au contact du soleil, cette plume délicate?

    Une telle question ne tourmente pas l'inventeur de cet inattendu trésor.

    Sa besogne ancestrale lui paraissant simplement moins noble, la bête s'est muée sur l'instant en rêveur d'étoiles.

    Le chasseur envoûté s'affaire sur l'instrument de sa future liberté, et cherche le mécanisme secret qui le conduira dans les hauts espaces.

    Les petites choses ailées, un temps amusées et distraites par le manège de leur bourreau d'hier, virevoltent avec insouciance aux rosiers du jardin.

    Mais elles perdent aussi le fil de leur vie si précaire, autant que la bête semble perdre raison.

    Et quand elle se débattent sans espoir dans la toile voisine, elles maudissent amèrement cette plume d'illusion.

    L'espace d'un fatal instant où elles s'amusaient du spectacle d'une bête qui croyait au ciel.

     

    Se résigner au songe...


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  • Dire que l'on aime c'est refuser la peur

    Dire que l'on a peur c'est refuser l'amour

     

    Cette écriture automatique ne veut rien dire

     

    Elle comme une arme

    Une arme automatique

     

    Comme l'écriture

     

    Parfois redoutable

    Mortelle d'ennui aussi sans le savoir

     

    Ou alors le mot blesse

    A coups de répétitions

    Des « je ne t'aime plus » ou « j'ai cru t'aimer »

     

    Et le cœur saigne

    Touché par la pointe d'une flèche à plume féroce

    Trempée dans le poison d'une encre qui exécute la mise à mots de l'Amour

    Sa mise au pas de la banalité

     

    Des mots si vulgaires qu'ils congédient à jamais les caresses

    Et inscrivent la sentence

    En un filigrane redouté de ce billet qui n'est plus doux

     

    Le mot FIN...

     

     


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  • Il advint une nuit qu'un chérubin déposa au creux de mon oreille son chuchotement divin.

    Entre ses ailes déployées et dans un pays lointain, naquit alors un songe qui m'offrit la douceur d'un baume inconnu et qui exhalait le parfum délicat de la fleur de laurier.

     

    Sous un soleil ni brûlant, ni éblouissant, simplement soleil, je me trouve aux abords d'une modeste bâtisse blanche et dépouillée de dorures.

     

    Je la devine habitée d'une indicible bonté.

     

    Guidé et libre à la fois, je m'approche pour en faire le tour.

     

    Un sentiment inconnu tout de plénitude, d'un bonheur infini m'emplit alors.

     

    Le plus haut du plaisir, celui d'être, tout simplement et d'être aimé sans limite.

     

     

    Puis animé par cette simple révélation « il est là » , dans cette maison , je m'élève  vers des sommets de tendresse qui apaisent mon âme.

     

    J'approche davantage.

     

    La maison devient palais veiné d'un rose lumineux, qui empourpre toute sa façade sculptée de dentelles de marbre.

     

    Mon coeur devine ce temple d'harmonie épousée par une inaccessible splendeur et qui rayonne depuis la nuit des temps en son sein.

     

    Captif et libre à la fois, je rêve de pénétrer cet écrin qui attire mes sens pour mieux les ravir.

     

     

     

    Envoûté par cette fulgurante évidence « elle est là », je m'apprête à me consumer jusqu'à la mort.

     

     

    Je me suis réveillé avant même de voir ou deviner ce qui est au dessus du monde, de retrouver celle qui pouvait rivaliser avec la plus belle des aurores.

     

    Ce rêve, cet élixir d'éternité, laissa longtemps dans ma bouche le goût de l'Amour absolu.

     

    Une ivresse qui rend encore mon souffle court.

     

    Comme si les chérubins sous leurs ailes déployées m'accordent encore le privilège de goûter la saveur du Paradis, pour en témoigner.

     

     

     

     

     

     

     


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  • Je le confesse le croyant est un peu déroutant.

    Il a quelquefois cette propension maladive à voir des signes partout, et en tous lieux.

    N’a-t-il pas cru dans un passé peu glorieux, vaincre le signe indien en organisant l’extermination d’innocents au pays d’El Dorado ?

    Ce trait de caractère, de mauvais caractère pour celui qui se croit trop facilement investi d’une mission supérieure est en quelque sorte « consubstantielle » à sa nature.

    La fréquentation de l’invisible peut conditionner le plus rationnel d’entre nous.

    Le croyant aime le signe quel que soit celui sous lequel il est né.

    Quand la superstition flirte avec la foi même sincère, il ne faut nullement s’étonner qu’elle engendre un désir inavoué, comme celui de deviner un dessein divin dans le quotidien le plus banal, la situation la plus évidemment fortuite…

    Ce 1er mai débutait sous le signe de la pluie et de la fraîcheur, véritable injonction à se replier dans les salles obscures qui accueillent sans sourciller les réfugiés climatiques.

    L’idée originale nous conduisit après de tortueuses déviations occasionnées par une course cycliste, à la file d'attente interminable qui s’était formée aux guichets d'un cinéma.

    Clap de fin pour la séance, exode, à deux vers notre autre lieu d’élection, une terre promise de plaisirs innocents et mesurés.

    Le pub de style anglais, style qui m’indispose dés qu’il s’agit de rugby (Dieu me pardonne !), fut donc l’occasion de faire baisser la pression.

    Ce qui n’est pas le moindre des paradoxes au moment de déguster une bière comprimée dans un fût.

    Après cette escale régénératrice, nous décidâmes d’arpenter les rues quelque peu désertées du centre ville.

    Notre balade était rythmée par des clameurs timides et des coups de sifflet significatifs de la compétition cycliste qui se déroulait non loin.

    Un après-midi contrarié  mais qui promettait de s’achever dans la tranquillité d’un retour sans histoire à la voiture.

    A l’angle d’un vieil immeuble d’allure  haussmannienne," il "tomba du ciel.

    Un bruit sourd, terriblement inhabituel, comme une grosse gifle mouillée claqua sur le bitume.

    A quelques mètres de nous, un minuscule bestiau gris à tête de Chihuahua, rampait avec peine tout en miaulant faiblement.

    C’est qu’il était plus félin que Chihuahua !

    La surprise passée, ainsi que les tournures poétiques d’usage qui incriminent toujours d'innocentes  femmes dites "légères", nous nous approchâmes rapidement de la pauvre petite bête.

    Il s’agissait d’un ange de toute évidence déchu de son trône, un balcon situé au 1er étage de l’immeuble.

    Une passante tout aussi en émoi, l'autre témoin de la scène du drame, se chargea de sonner aux portes, d’ameuter, pendant que nous assurions les premiers secours à l’infortuné innocent.

    Doucement, je glissai ma grande « paluche » sous le ventre délicat du singulier chat aux grandes oreilles.

    Madame caressait quant à elle délicatement le crâne du drôle d’Icare malgré lui, pour l’apaiser et le rassurer.

    Lui, il ne risquait cependant pas de se briser une aile !

    Je vis bien malgré tout qu’une de ses fragiles petites pattes avait souffert dans la chute depuis le Soleil.

    Sur la paume de ma main, les battements affolés de son cœur impulsaient de légères décharges glacées qui me faisaient frissonner. 

    Désolé de ne pouvoir le soulager sur l’instant, je lui disais toute mon impuissance à susciter un miracle.

    Et il miaulait à intervalles réguliers, douleur audible et déchirante du minuscule naufragé d’un balcon de fer forgé noir.

    La porte de l’immeuble complice de l’expulsion violente de l’innocent animal s’ouvrit enfin !

    Après une ascension interminable d’au moins deux minutes, et quand s’ouvrit à nous le foyer du félin escamoté, mon estomac se dénoua.

    Un colosse tatoué et barbu, que côtoyait une frêle jeune femme, portant un bébé dans les bras, nous accueillit dans un appartement plutôt cossu.

    Cet ogre nous surpris d’abord en grondant vertement le petit chat, alors même que le bonheur de retrouver la mascotte de la maison aurait dû le faire bredouiller.

    « Ne lui faites pas de mal … » ne put s’empêcher de supplier ma compagne encore sous le choc des propos du géant à l’allure d'ogre, mais en plus massif.

    Au sourire de la jeune mère de famille, à la douceur de sa voix, de ses remerciements réitérés, et le «Et vous croyez quoi ! » d’Hercule, le papa, nous comprîmes qu’il était surtout abasourdi de retrouver le petit Sphinx à la porte de son Empire.

    Et pas sur le balcon, tel qu’il l’avait sûrement laissé assoupi.

    Comme une incantation, je répétais : « la patte arrière droite, la patte arrière droite ! » pour indiquer au grand costaud qui tenait le félin retrouvé, que ses mains de Grizzly, devaient ménager particulièrement ce côté du petit blessé.

    Nous devions donc aller au cinéma, éviter une course cycliste, et subsidiairement, acheter un brin de muguet à quelque vendeur à la sauvette.

    Encore sous le coup de nos émotions, nous avons, malgré tout, assisté à l’arrivée de la course cycliste, et trouvé surtout un vieux copain tout heureux de nous revoir après sa longue maladie.

    Il n’était pas près de se « refaire le Ventoux », mais col après col, il gagnait à nouveau le monde des bien portants.

    Je ne pus m’empêcher de sourire, alors que notre ami s’enflammait quant aux très riches heures du « Tour » à venir.

    Tout aussi attendri par sa passion, qu’amusé par le regard implorant de Madame  qui nourrit pour cette épreuve un intérêt tout de retenue…

    J’ai, du coup complètement oublié l’achat du muguet qui porte bonheur, et le 1er mai s’acheva  paisiblement, sous le signe des retrouvailles.

    Ce brin de muguet reste donc la seule chose qui n’est pas tombée du ciel, en cette journée particulière.

    Quelques temps après, nous prîmes à deux mains, non pas cet adorable, singulier, et divin  matou, mais notre courage, pour nous enquérir de sa santé.

    Une vilaine fracture ouverte sur la patte au diamètre de brindille de l'animal fut heureusement réduite, et nous le vîmes nous considérer avec un presque dédain.  

    Notre  Spynx du premier mai avait bien retrouver toute sa noblesse mystérieuse !

     





     




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