• La Madone d'Alep

     

     

     

    La Madone d'Alep

    Cette photo raconte d'abord une histoire.
    Elle témoigne de la ferveur encore intacte d'une communauté minoritaire, littéralement encerclée dans une cité martyre.
    La chorale continue à porter au ciel des paroles de paix, contre vents et marées.
     

    Et cette belle jeune femme semble être la figure de proue d'une embarcation prise dans la tourmente qui s'apaise à peine.
    Vagues d'actes criminels et flots de sang alimentent encore un fleuve dans lequel il semble insensé de croire , en cette ancestrale cité, qu'un baptême pourra apaiser les douleurs, et entrouvrir le chemin du pardon.
    Des paroles chantées dans l'enceinte consacrée d'une église, c'est le risque de mourir d'amour, non pas dans une belle consumation mystique, mais sous les balles et le feu des légions d'anges de la mort en service commandé.

    J'admire cette assemblée d'hommes et de femmes, pas simplement en tant que chrétien.
    D'autres croyants d'une religion prise en otage par des imposteurs, et stigmatisée à ce titre, sont sacrifiés tout autant, sinon plus dans l'outrage fait à l'humanité par le cynisme d'Etat.

    Cette assemblée est la somme d'un courage qui parfois me fait défaut.

    Je ne sais à quel point « nécessité fait loi », si l'outrance d'une injustice, la sidération provoquée par le massacre d'innocents, fait offrir sans peur son corps aux épées des bourreaux .
     

    Que peut-il arriver de pire quand le pire est déjà passé ?
    La foi deviendrait-elle dans cet enfer la condition même de la survie ?
    Qu'il me soit épargné d'avoir à éprouver la force de mes convictions intimes, de quitter mon « paradis » qui ne laisse filtrer de l'oeuvre de la mort venue d'Orient, que des échos, ou bien se rappelle à moi dans la terreur semée épisodiquement par des zombies au pied même de nos plus beaux quartiers.

    Cette photo raconte cette histoire de désespoir et d'espoir, certains que je connais parleront d'espérance.

    L'absurdité la plus totale peut côtoyer le sublime.
    Des édifices qui tutoyaient les « hauteurs » sont réduits à l'état de cendres , avec ceux qui croyaient au ciel.

    La Madone d'Alep a les traits gracieux et mystérieux d'une icône , celui d'une mère qui a peur pour son enfant, d'une fiancée qui rêve de retrouver l'élu de son cœur dans une communion des corps, qui au delà du quotidien invivable imagine qu'un futur pourra encore s'écrire.

    Osciller entre le plus noir des désespoirs, le besoin de reconstruire , éprouver la joie douloureuse du désir, être simplement avec les autres, découvrir tout ce qui reste encore à comprendre...

    N'est-ce pas le visage même de l'humanité ?

    Celui de la Madone d'Alep.

     


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