• Une nuée de cristaux glace le corps des belles d’Aranjuez.

    Je les prendrai bientôt une à une,  et la neige éphémère se posera d’abord sur mes lèvres.

    Sans autre gémissement que la volupté du gourmand, elles feront offrande sur ma langue de leur plus précieux nectar.

    Les belles d’Aranjuez sont ainsi.

    Elles adorent les derniers instants.

    Qu’elles croisent d’ailleurs un regard polisson, et c’est comme un mamelon sucré dressé par l’émoi que l’on croque en fermant les yeux.

    D’une morsure amoureuse dans leur chair abandonnée, elles font de vous le complice du saladier aux fleurs-vitraux, qui fait « arc-en- ciel » au soleil de midi.

    Les belles d’Aranjuez sont ainsi.

    Elles rêvent de finir en beauté dans la pleine lumière, fières et rouges sang, castillanes de cœur à jamais…

     

     

     


    votre commentaire
  • Sur un éblouissant muret surchauffé, ondulait un lézard moucheté.

    Rien de bizarre au soleil du zénith, dans cette chaleur de mirage.

    Il fut rejoint par un congénère tout droit venu de Zanzibar.

    Un fameux bavard.

    « Je suis, tu es, nous sommes aussi les tsars, les stars de l’escamotage ! »

    Il poursuivit, peu avare de paroles.

    « Sans « Z » nous disparaissons »

    « Comment ça, sans aide, nous disparaissons ? » interrogea, curieux  le squamate à l’arrêt.

    « Bougre de rampant de bazar, nous sommes par les arts du camouflage ! » répliqua l’autre reptile de Tanzanie, échoué sur une pierraille brûlante.

    « Lézards du camouflage ? » se hasarda le moucheté, piqué au vif.

    « Il suffit d’une lettre pour tout changer de notre état »  projeta d’une langue fourchue, le singulier  de Zanzibar.

    Normal, pour un ami des beaux arts.

    Emporté par sa fougue, celle là même qui le fit se perdre depuis son Afrique natale, il enchaina,  figé sur le muret aveuglant :

    « Il y’a le mot qui enivre, et celui qui sonne creux…l’écrit vin et l’écrit-vain »

    Habitude de lézard, il ne frémissait même pas, alors même qu’il s’excitait.

    « Drôle de zèbre » ne put s’empêcher de penser l’autre qui n’ondulait plus depuis un certain temps, celui de la rencontre avec ce zoulou à la langue bien pendue.

    Envoûté par ses propres formules, l’exotique squamate, ne songeait plus à se dorer, comme tout lézard commun :

    « Concevez qu’avant d’être thésard , en « T » par son mémoire, le brillant étudiant n’est qu’un

    tétard ».

    « Hanté par son mémoire …ce diable joue sur les mots »  pensa très fort le reptile agacé, et il regrettait d’avoir dû, contre son gré, accueillir le singulier étranger sur son muret.

    Sûrement, ce lézard aux talents de sorcier, lut dans l’esprit du moucheté :

    « Certes je cherche belles et buts, des monts et merveilles mais mon talent saute aux yeux ! » s’enflamma le subtile reptile.

    Un jeune malabar, du nom de  Balthazar, et qui passait par là, remarqua le spécimen de Zanzibar.

    Le solide provençal, ne put heureusement conserver, comme unique trophée, que la queue frétillante du verbeux lézard, en fuite.

    Le moucheté, que son insignifiance avait préservé d’un sort funeste, se trouva un autre recoin tout de chaleur,  pour méditer sur les sentences de son cousin d’Afrique.

    Il finit par s’avouer :

    « Il est bien comme tous les autres, sans un usage à propos de sa queue, ses belles paroles ne suffiraient pas à faire de lui un lézard libre »

     

     

       


    votre commentaire
  • D’un œil malicieux tu accroches, l’objectif de l’appareil photo.

    Au terme d’une cérémonie improvisée, Kelly, notre guide, va déposer sur ta chevelure légèrement dorée, une couronne faite de rameaux, cueillis ce jour sur le site archéologique de Delphes.

    Ton petit minois d’ « éphèbe », tel que te qualifie notre élégante, cultivée, et raffinée athénienne, semble déjà prendre congé de l’adolescence.

    Je pressentais d’ailleurs que le temps du « tant » partagé avait vécu.

    Mon regard se fige sur la photo piège, et laisse agir son charme.

    Tes yeux, ton sourire faussement innocent, me disent, chacun à leur tour, que l’enfant, c’est finalement un peu moi.

    Pris au piège d’un trop d’amour, adorateur d’une douce illusion qui prétend que certains instants n’ont pas le droit de finir, mon masque tragique d’adulte, tombe devant l’évidence.

    D’un clic, je rejoins la photo suivante, un nouvel instant unique de nostalgie.

    Tu t’es détourné de l’objectif, et mains dans le dos, le plus sérieusement du monde, tu t’inclines afin que Kelly puisse te ceindre de la couronne du vainqueur. 

    Un autre instant disparu depuis quelques jours à Olympie, ta victoire de jeune touriste sur la piste mythique, est célébrée ce jour, dans ce simulacre de cérémonie antique, mise en scène improvisée dans la bonne humeur.

    L’image qui me fascine encore, revendique sa place dans le « ci-gît » de ces moments que les souvenirs, mes grands prêtres de l’illusion, servent au nom de ce qui existe à jamais, pourvu que je continue à les convoquer, les invoquer !

    Je suis parfois un adorateur des effluves du passé, sorte de transe qui estompe les frontières de l’espace-temps.

     

    Il t’arrive pourtant, et maintenant, de me toiser, de pâlir rageusement jusqu’à plonger dans mon cœur, la lame d’un regard féroce, stupidement, injustement accusateur.

    Ton caractère se forge aussi au prix de nos confrontations, je le sais.

    Ma parole reste maladroite quand je veux t’épargner l’expérience d’une impasse, et que mes mots  pour le dire restent trop sentencieux, ou portés sans contrôle, par la colère.

    J’ai parfaitement tort donc de ne pas t’inviter assez souvent à explorer toi-même, certains labyrinthes,  et à dérouler le fil de ces « embrouilles » qui se délectent à entraver les marches les  plus triomphales !

    Un amour trop complaisant, sans limite, te rendrait incompréhensibles les épreuves qui t’attendent dans  la vraie vie du dehors.

    Je l’ai appris aussi.

    En ce début de soirée, tu rejoins, après une de tes nouvelles activités qui mêlent études, copains, et des enjeux qui nous restent parfois obscurs, ton refuge de plus en plus provisoire, notre maison.

    Du coin de l’œil, j’accroche ton nouveau visage, tend l’oreille vers cette voix plus grave, et tente d’un propos anodin, de détourner ton attention de l’écran sur lequel ta photo semble désespérément  se répandre à l’infini, au risque de déborder du cadre...

    Ton regard dénonce mon stratagème grossier.

    Mais d’un « clic », j’ouvre la trappe qui s’ouvre sur une diversion instantanée, la page d’accueil de mes courriels, escamotage que j’accompagne d’une autre banalité d’usage.

    Dossier classé.

    Comment faire comprendre à un enfant que la liberté tant espérée, et qu’il nous octroie aujourd'hui, peut être aussi, étrangement, une douleur ?

    Que la flèche que lui a décochée récemment Cupidon, a aussi éraflé notre complicité d'antan, au nom de l’ordre des choses.

    La couronne amoureusement tressée par notre guide de feu Notre printemps grec, encercle encore une des appliques de ta chambre.

    Si tu pouvais l’oublier en larguant un jour les amarres, ne pas t’en encombrer de ce souvenir…

     

    Nous te la mettrons de côté, tu sauras où la trouver, chez nous.


    votre commentaire
  • Pour te plaire, je volerai ce rayon de lune que je porterai autour de mes épaules, pour le déposer, bravant les flots, et nageant sans relâche, jusqu’à rejoindre les vaisseaux de guerre de farouches rois grecs en route pour leur expédition légendaire, et afin, que du sélène ruban d’argent, soumettant les artistes troyens à ma volonté de le métamorphoser en un bijou unique que l’incomparable Hélène tentera de subtiliser au péril de sa vie, naisse une parure digne des déesses de l’Olympe, capable de séduire l’âme sans compassion d’un Achille, ivre de ses victoires sanglantes, de le détourner de sa fureur implacable, et dans un funeste instant d’égarement où il offrira sa vie à une flèche vengeresse, le précipiter avec la cohorte des ombres de ses victimes, dans un enfer sans repos, dans lequel il les a toutes condamnées, au terme de combats qui refusent le moindre prisonnier, et quand Agamemnon qui pleurera le héros presque dieu, croisera mon regard exalté, il comprendra qu’aucune force brutale , aucune chaine, ne résisteront à mon désir sans limite, de te rapporter la merveille issue du génie d’antiques orfèvres qui auront caressé de leurs outils mystérieux et agiles, une matière plus précieuse que tous les métaux connus sur la terre des simples mortels, ce rayon de lune devenu splendeur, pour te plaire, dérobé aux cieux, et qui te reconnaitra comme unique et légitime créature, dont la beauté est digne de le posséder…

    « Pour me plaire, commence à épargner ton souffle des phrases trop longues, et au lieu que ton imagination féconde des chimères, réserve-toi pour l’odyssée de notre nuit » répondit ma douce aux offrandes de mes élans romantiques.

    Du moins, je crus l’entendre.

    La pleine lune inclinait donc mon esprit vers une rêverie qui manifestement, risquait de me confronter à la réalisation de prodiges, que je n’étais plus très assuré de mener vers des conclusions dignes de la stature d’un héros !

    Je reconsidérai alors mes desseins à ton égard.

    La tête posée sur mon épaule, tu savourais simplement cet instant.

    Le sable fin de la plage n’avait pas fini de s’écouler entre mes doigts, et le temps m’étant compté, je saisis une inspiration salvatrice.

    J’interpellai l’autre versant de ta gourmandise, et d’un génial « …je mangerais bien une poire Belle Hélène, moi… »  je nous permis de poursuivre notre soirée sous des augures favorables, et de la prolonger d’exploits à la hauteur de ma stature de simple, et de modeste mortel.

    Pour te plaire…

     

     

                 


    1 commentaire
  • Hommage d’un roi

    Arche trahie par le sang

    Lumineuse foi

     

    L’homme est une ombre

    Effacées des mémoires

    Les larmes chantées

     

    Un jour de pardon

    Jouir aux sources de la vie

    Aimer librement

     

    Hommage d’un roi 

     

     


    votre commentaire